Intervenant 2017

Tim LeberechtBusiness romantic

L’humanité des entreprises à l'âge des machines

Tim Leberecht, auteur de The Business Romantic, est l’un des penseurs actuels les plus originaux sur le monde des affaires. Dans un univers versé dans les technologies invasives, le big data et le désir de tout quantifier avec, en toile de fond, une confiance pâlissante dans le capitalisme, le livre provocateur de Tim Leberecht offre des vues surprenantes sur les aspects émotionnels et sociaux des affaires. Il prétend que nous sous-estimons l’importance de la romance dans nos vies et suggère que nous la trouvions dans les affaires en imaginant des produits, services et expériences qui nous relient à quelque chose de plus grand que nous. Auparavant, Tim Leberecht a été directeur opérationnel de NBBJ, atelier d’architecture et de design, et de Frog Design, consultant. Il vit à Berlin.

Conférence en vidéo

« Inutile de vouloir faire mieux que la machine. Il nous incombe de faire beau, de créer de la beauté. »

Compte rendu : L’humanité des entreprises à l'âge des machines

Le penseur germano-américain Tim Leberecht met en parallèle robotisation des entreprises et démotivation des employés. Il suggère de ne pas sous-estimer la romance dans le monde des affaires. Tim Leberecht est un romantique. Bien qu’issu du monde des affaires – il fut directeur opérationnel de l’atelier d’architecture et de design NBBJ ainsi que du consultant Frog Design, tous deux américains –, il estime que la course aux technologies, le big data et le désir de tout quantifier ont fait perdre toute humanité, ou toute « romance », à l’économie et à la finance. Auteur du livre provocateur The Business Romantic, il est venu délivrer un…

Le penseur germano-américain Tim Leberecht met en parallèle robotisation des entreprises et démotivation des employés. Il suggère de ne pas sous-estimer la romance dans le monde des affaires.

Tim Leberecht est un romantique. Bien qu’issu du monde des affaires – il fut directeur opérationnel de l’atelier d’architecture et de design NBBJ ainsi que du consultant Frog Design, tous deux américains –, il estime que la course aux technologies, le big data et le désir de tout quantifier ont fait perdre toute humanité, ou toute « romance », à l’économie et à la finance. Auteur du livre provocateur The Business Romantic, il est venu délivrer un message d’espoir au 9e FHH Forum. Sous le titre « L’humanité des entreprises à l’âge des machines », son discours reposait sur un seul credo : redonner de la beauté pour recréer du sens.

Difficile, aujourd’hui, de trouver de la beauté dans le monde de l’entreprise : l’automation, la robotisation, la digitalisation ou encore l’intelligence artificielle sont autant de notions concurrentielles au travail humain. Une évolution qui entraîne avec elle sa vague de remises en question, de doutes et de déprime parmi les travailleurs. Selon une étude récente, seuls 13 % d’entre eux seraient encore heureux à leur poste, mentionnait Tim Leberecht. Et 50 % des salariés seront remplacés par des intelligences artificielles d’ici 20 ans. Une perspective qui, selon le penseur, réjouit plutôt les patrons.

Il est temps, pour l’auteur, de redonner une place au romantisme, révélateur de l’âme humaine. Une reconquête qui passe par la mise en œuvre de quatre principes. À commencer par faire ce qui n’est pas forcément nécessaire : « Par le passé, il m’a été donné de vivre une fusion entre deux grandes entreprises, racontait Tim Leberecht. Il s’agissait de créer une nouvelle marque, et donc une nouvelle identité. Nous avions choisi l’orange comme couleur et commandé plein de ballons pour des visuels de lancement. Mais les patrons se sont demandé si tout cela était bien utile pour finalement supprimer les ballons. Au bout du compte, la fusion ne s’est pas faite. À force de ne faire que ce qui est nécessaire, on supprime tout ! »

L’importance de l’intimité

Deuxième principe : créer de l’intimité. En Occident, où les gens passent plus de cinq heures par jour sur leur Smartphone, la solitude règne en maître. Selon certaines sources, le modèle social actuel repose sur un seul véritable ami par adulte. Un vrai désert ! Mais comment recréer de l’intimité lorsqu’elle fait défaut ? « En 2010, l’artiste Marina Abramovic avait tenté, lors d’une performance au MoMA de New York, d’instaurer une relation intime avec des membres du public en échangeant une minute de silence avec quelques-uns d’entre eux, assis à une table. Faire tomber les masques, c’est une manière de procéder. Ou au contraire porter des masques. Pour une réunion de trois jours, Danone avait demandé à ses employés de venir déguisés. On sous-estime le pouvoir d’une perruque, qui permet de supprimer la hiérarchie et de révéler l’authentique. »

Troisième principe : ne pas fuir le laid. Dans l’entreprise, il existe tout un vocabulaire à consonance positive pour remplacer les mots qui font mal : « moderniser » à la place de « licencier », « consolidation » pour « fusion » ou encore « défi » au lieu de « crise ». « Dans certaines sociétés, on dit même à celui qui va être licencié qu’il va obtenir son diplôme, déplorait Tim Leberecht. Il faut dire et montrer les choses telles qu’elles sont, sans détour, quitte à être laid. Le cerveau, partie du corps la plus laide, est aussi la plus magique. Et nous avons tous été laids un jour : comme bébé, comme étranger, comme nouveau venu, comme ivrogne… Autant de situation lors desquelles nous n’apparaissons pas sous notre meilleur jour. » Même l’infâme peut parfois receler de la noblesse : en 2015, un collectif d’artistes militants avait fait exhumer des migrants morts en Méditerranée pour les réenterrer à Berlin. « Même de manière posthume, ils étaient arrivés à destination, relevait le penseur. Cela donne du sens. Et c’est essentiel. »

Enfin, quatrième principe : souffrir. « Un peu », s’empresse d’ajouter Tim Leberecht. Pourquoi des milliers de personnes se précipitent-elles chaque année à Burning Man, un festival artistique en plein désert du Nevada ? Pourquoi une poignée d’illuminés gravissent-ils les plus hauts sommets de la planète ? Pourquoi se baigne-t-on dans de l’eau glacée dans le Grand Nord ? « Pour se prouver que l’on peut survivre à ces épreuves, répond l’auteur. Parce que l’homme moderne a besoin de se sentir vivre, il a remplacé les dangers naturels par le saut en parachute ou le base-jump ! Ou Ikea ! Avec ses magasins gigantesques et ses plans de montage, cette entreprise a érigé la souffrance en véritable stratégie marketing. » La société n’a jamais été aussi connectée qu’aujourd’hui, mais l’individu souffre de solitude ; le monde croule sous des masses de données, mais le sentiment qui prédomine est celui d’une énorme perte. Conclusion de Tim Leberecht : « Il faut réinvestir dans le romantisme. Ces quatre principes, amplifiés par les nouvelles technologies, vont nous permettre de créer un monde meilleur. »

Interview en vidéo

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