Intervenant 2017

Frédéric KaplanChercheur en humanités numériques

1000 ans de vie (virtuelle) d'une ville

Frédéric Kaplan occupe la chaire Digital Humanities à l’EPFL (Lausanne) et dirige le Digital Humanities Lab. Dans ce cadre, il mène des projets combinant numérisation d’archives, modélisation et conception muséographique. Avec son équipe, il travaille notamment sur la Venice Time Machine, un projet conjoint avec l’université Ca’Foscari ayant pour objectif de modéliser l’évolution et l’histoire de Venise sur une période de 1000 ans. Diplômé de l’École nationale supérieure des télécommunications (France), Frédéric Kaplan, détenteur d’une thèse en intelligence artificielle, a travaillé à des projets de robotique dans les laboratoires Sony.

Conférence en vidéo

« Grâce à la technologie, on peut éviter la séparation entre le continent du présent et le continent du passé. Le défi consiste à numériser les données séculaires pour les ramener dans nos systèmes d’information actuels. »

Compte rendu : 1000 ans de vie (virtuelle) d'une ville

Modéliser la construction, et plus largement 1 000 ans d’histoire de Venise, en numérisant ses archives : c’est l’incroyable projet Venice Time Machine, mené par le chercheur en humanités numériques Frédéric Kaplan. À lui seul, son titre fait rêver ! Frédéric Kaplan est en effet « chercheur en humanités numériques ». Titulaire de la chaire Digital Humanities à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), ce détenteur d’une thèse en intelligence artificielle s’est donné pour mission de recréer « 1 000 ans de vie (virtuelle) d’une ville ». En collaboration avec l’université vénitienne Ca’Foscari, lui et son équipe travaillent sur la Venice Time Machine, un projet qui prévoit de modéliser l’évolution et…

Modéliser la construction, et plus largement 1 000 ans d’histoire de Venise, en numérisant ses archives : c’est l’incroyable projet Venice Time Machine, mené par le chercheur en humanités numériques Frédéric Kaplan.

À lui seul, son titre fait rêver ! Frédéric Kaplan est en effet « chercheur en humanités numériques ». Titulaire de la chaire Digital Humanities à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), ce détenteur d’une thèse en intelligence artificielle s’est donné pour mission de recréer « 1 000 ans de vie (virtuelle) d’une ville ». En collaboration avec l’université vénitienne Ca’Foscari, lui et son équipe travaillent sur la Venice Time Machine, un projet qui prévoit de modéliser l’évolution et l’histoire de Venise. Pour y parvenir, le scientifique s’est lancé dans la numérisation de tout ce que la Cité des Doges compte comme archives, des documents officiels aux tableaux de maître, en passant par les cartes cadastrales, les lettres de correspondance, les gravures… Objectif : recouper les informations à l’aide d’ordinateurs pour enfin leur donner du sens. Il est venu présenter quelques-uns des résultats de cette extraordinaire aventure au 9e FHH Forum.

« Développer la profondeur temporelle », tel est le métier très particulier de Frédéric Kaplan. Cet ancien de chez Sony, où il travaillait à des projets de robotique, s’est spécialisé à l’EPFL dans la numérisation d’archives, la modélisation et la conception muséographique. À la tête du Digital Humanities Lab, il s’est lancé avec son équipe de chercheurs dans la lecture de toutes les archives de Venise. Mais une lecture un peu particulière : « Le bâtiment qui abrite les documents historiques de la ville compte 30 pièces et 80 km de rayonnage, expliquait le professeur. Il y a toutes sortes de matériaux : des testaments, des lettres d’ambassadeurs, des actes de naissance, des horaires de port… En ce qui concerne les cartes cadastrales, par exemple, il y en a une forêt ! Cet océan d’informations, c’est l’élément clé de notre projet. Tout le défi consiste à numériser ces textes et ces images, puis à les rendre lisibles par ordinateur. » Les chercheurs ont donc développé des scanners ad hoc, permettant de prendre en charge des livres de grandes tailles ou des dessins géographiques à un rythme soutenu. Une technologie qui laisse espérer un traitement de tout le fonds d’ici à deux ans. À l’avenir, Frédéric Kaplan place même de grand espoir dans la tomographie, une technique d’imagerie qui, adaptée aux archives, permettrait de scanner un livre sans l’ouvrir.

Une technique révolutionnaire

« Une fois les documents numérisés, il faut être capable de lire les informations, de les rendre cherchables », poursuivait le professeur. Pour ce faire, il a développé une technique aussi simple que révolutionnaire : les documents sont segmentés en mots ou en groupes de mots, lesquels constituent autant d’images. Celles-ci sont ensuite comparées les unes aux autres dans le but de repérer les analogies. Pour finir, chaque image définie reçoit un sens validé par les chercheurs. Par exemple, une fois l’image du mot calligraphié « Nobis » reconnue comme signifiant Nobis, les milliers de « signes » de même interprétation sont traduits d’un coup. L’indexation de livres anciens par mots-clés devient possible.

Pour le traitement des cartes cadastrales, les parcelles sont géométrisées à l’aide d’algorithmes. Pour les gravures, les peintures ou les photographies, des cellules optiques sont capables de paramétrer les lieux afin de les trier par similitudes. Une fois ces bâtisses, rues, places et autres ponts définis, c’est l’ensemble qui se retrouve virtuellement classé. « À ce stade, il est déjà possible, par exemple, de reconstituer le réseau social d’une personne, son cercle d’amis, de connaissances professionnelles, soulignait Frédéric Kaplan. Mais le plus intéressant, c’est lorsqu’on panache le tout ! » Le recoupement des dates, des lieux, des noms, des images, des généalogies rend soudain possible la modélisation complète de la ville à un moment donné et sur une période donnée. « C’est comme un immense “mots croisés” qui, grâce à l’informatique, est en train de se résoudre ! »

En connectant les informations les unes aux autres, le projet Venice Time Machine est ainsi parvenu à reconstituer 1 000 ans d’histoire de Venise. À l’aide d’images de synthèse, il est possible de se promener dans les rues pour y découvrir les enseignes des commerces qui étaient véritablement présents à cet endroit ; ou d’assister, en accéléré, à la construction des différents quartiers. « Nous prenons évidemment en considération les aléas de l’histoire, comme les guerres, les incendies ou les maladies », précise le professeur. Entièrement en open source, cette extraordinaire aventure ne demande qu’à trouver d’autres lieux d’implantation, comme Paris, Budapest, Amsterdam ou Jérusalem. Histoire de donner un peu plus de sens aux recherches en humanités numériques.

 

Interview en vidéo

Cliquez sur la vidéo pour visionner l’interview de l’intervenant dans le cadre du Forum.

Les Intervenants

Découvrez les experts et personnalités attendues au Forum.