Intervenant 2017

Arturo BrisSpécialiste en compétitivité mondiale

La dynamique compétitive globale

Arturo Bris est professeur en finance à l’IMD, où il a également dirigé le programme Advanced Strategic Management entre 2009 et 2014. Depuis cette date, il occupe le poste de Directeur du Centre de la compétitivité mondiale de l’IMD, qui publie chaque année son classement éponyme. En 2017, 63 pays ont été recensés avec Hong Kong, la Suisse, Singapour, les États-Unis et les Pays- Bas aux cinq premières places. Arturo Bris est un spécialiste de compétitivité, de régulation financière et de macroéconomie. Récemment, il a mené des recherches sur les relations entre inégalités de revenus, mobilité sociale et compétitivité. Il a également développé un portefeuille d’investissement basé sur la compétitivité qui trace les meilleures et les pires économies.

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« Dans les années à venir, la technologie sera toujours le principal moteur de développement. Mais avec un défi d’importance, c’est qu’elle profite au plus grand nombre. »

Compte rendu : La dynamique compétitive globale

La seule évidence qui se dégage de l’observation des différentes économies de la planète, c’est que la technologie a été et sera le principal vecteur de croissance. Avec, en filigrane, les dangers d’exclusion déjà observables partout où le fossé des inégalités se creuse. En préambule à son intervention au dernier FHH Forum sur « La dynamique compétitive globale », Arturo Bris, spécialiste de la question pour diriger le Centre de la compétitivité mondiale de l’IMD, posait une question simple à l’auditoire : parmi la Chine, les États-Unis, le Nigeria, la Colombie, le Brésil et la Turquie, quel est le pays dont l’économie a connu…

La seule évidence qui se dégage de l’observation des différentes économies de la planète, c’est que la technologie a été et sera le principal vecteur de croissance. Avec, en filigrane, les dangers d’exclusion déjà observables partout où le fossé des inégalités se creuse.

En préambule à son intervention au dernier FHH Forum sur « La dynamique compétitive globale », Arturo Bris, spécialiste de la question pour diriger le Centre de la compétitivité mondiale de l’IMD, posait une question simple à l’auditoire : parmi la Chine, les États-Unis, le Nigeria, la Colombie, le Brésil et la Turquie, quel est le pays dont l’économie a connu depuis les années 1960 une croissance ininterrompue, sauf sur un an ? Réponse qui ne va pas de soi : la Colombie ! Et Arturo Bris de poursuivre : « Il y a quelques années, tout le monde ne parlait que de Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud, ndlr) et de leur formidable apport à l’économie mondiale en cette période post-subprimes. Aujourd’hui, il n’en est plus fait mention nulle part, car ce sont les Mint (Mexique, Indonésie, Nigeria et Turquie, ndlr) qui ont pris le relais. En vient-on à considérer le cas de la Chine, qui a supplanté le Japon comme deuxième économie de la planète, on constate qu’elle pointe péniblement au dix-huitième rang de notre classement sur la compétitivité mondiale pour manquer cruellement de certains ingrédients de base nécessaires pour assurer sa prospérité. »

Moralité, il n’y a pas de recette miracle permettant à une économie donnée de développer ses capacités concurrentielles dans le concert international. Le classement auquel fait référence Arturo Bris, qui positionne par ailleurs la Suisse au deuxième rang derrière Hong Kong, montre en effet une grande disparité au niveau tant géographique que politique, au niveau tant de l’orientation économique que des modèles de travail au sein des États qui se positionnent dans le peloton de tête. Une approche historique donne-t-elle de meilleurs résultats d’analyse ? L’approche mérite d’être approfondie. Sur deux millénaires jusqu’au début du xixe siècle, on constate que le PIB mondial par habitant a été multiplié par trois. Mais dès 1900 et sur 100 ans, le facteur de multiplication décolle véritablement pour se fixer à 21, sans parler des deux dernières décennies où la production de richesses dépasse toute commune mesure. Pour Arturo Bris, le grand artisan de cette formidable marche en avant a pour nom « technologie ». Avec une question lancinante comme corollaire : une telle progression exponentielle est-elle tenable à long terme ?

Par-delà les crises

« On observe aujourd’hui des taux de croissance qui semblent bel et bien s’essouffler, poursuivait Arturo Bris. Pour ce qui est des salaires, le constat n’est pas plus réjouissant puisque, au sein des économies développées, ils se retrouvent à des niveaux que nous avons connus il y a une vingtaine d’années. Finalement, seules les entreprises sortent leur épingle du jeu avec des profits qui, historiquement, n’ont jamais été aussi élevés et ce, même lorsque l’orientation des marchés est négative. Ce qui ne fait qu’accroître le fossé entre travail et capital, fossé encore aggravé par la technologie. Pour simplifier, on peut dire que les entreprises gagnent plus alors que les travailleurs gagnent moins. Raison pour laquelle il faut absolument mettre la technologie au service de la prospérité et de l’augmentation des salaires. Tel est le défi. »

Jusqu’ici, les solutions préconisées pour tenter de juguler les inégalités croissantes n’ont en effet eu que peu de poids. Tant la fiscalité que les mesures protectionnistes se sont révélées relativement inefficaces. Restent les chantiers en cours autour de la création de postes de travail, des subsides à l’emploi, du salaire minimum garanti ou de l’augmentation de la productivité. Autant de pistes qui, pour être porteuses d’espoir, se doivent d’intégrer la technologie comme le meilleur vecteur de réussite. « Après tout, l’Europe a survécu à toutes les prédictions défaitistes, à toutes les crises, concluait Arturo Bris. Même celle que nous connaissons aujourd’hui, liée au Brexit, n’est certainement pas à même d’en saper les bases. On pourrait d’ailleurs faire les mêmes observations en ce qui concerne les États-Unis, menacés actuellement par la surévaluation des marchés financiers, ou la Chine, qui doit composer avec une dette privée qui représente 150 % de son PIB. En ce sens, la révolution numérique en cours doit certainement être considérée comme le meilleur soutien conjoncturel, un vecteur de croissance indispensable. »

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