Intervenant 2017

André Comte-SponvillePhilosophe

À la recherche de sens dans un monde qui change

Philosophe rationaliste, matérialiste et humaniste, André Comte-Sponville est un écrivain à la plume limpide qui propose une sagesse pour notre temps, rapprochant les réponses philosophiques traditionnelles des questions contemporaines. Pendant longtemps maître de conférences à la Sorbonne (université Paris 1), il consacre aujourd’hui davantage de temps à l’écriture et aux conférences publiques. Reconnu comme « le plus grand philosophe français depuis Sartre » par La Revue internationale de philosophie, il est notamment l’auteur du Petit traité des grandes vertus, son opus le plus célèbre. Son dernier ouvrage, C’est chose tendre que la vie, se présente sous la forme d’une série d’entretiens menés avec François L’Yvonnet.

Conférence en vidéo

« Au final, la fidélité à nos valeurs est le seul antidote que nous avons à disposition contre la maladie d’Alzheimer de nos civilisations qu’est la barbarie. »

Compte rendu : À la recherche de sens dans un monde qui change

Pour le philosophe André Comte-Sponville, la notion de changement implique la volonté de savoir où l’on veut aller. Et pour savoir où l’on veut aller, il faut savoir d’où l’on vient et donc faire preuve de fidélité à nos valeurs. « Tout change, c’est vrai, mais tout change de plus en plus vite. » Pour le philosophe André Comte-Sponville, ce premier constat fait au FHH Forum était le point de départ d’une réflexion sur le dessein de l’humanité prise dans le tourbillon de grands bouleversements en cours : mondialisation, réchauffement climatique, résurgence du populisme, dictature des réseaux sociaux, robotisation galopante, économie collaborative… « Oui, les…

Pour le philosophe André Comte-Sponville, la notion de changement implique la volonté de savoir où l’on veut aller. Et pour savoir où l’on veut aller, il faut savoir d’où l’on vient et donc faire preuve de fidélité à nos valeurs.

« Tout change, c’est vrai, mais tout change de plus en plus vite. » Pour le philosophe André Comte-Sponville, ce premier constat fait au FHH Forum était le point de départ d’une réflexion sur le dessein de l’humanité prise dans le tourbillon de grands bouleversements en cours : mondialisation, réchauffement climatique, résurgence du populisme, dictature des réseaux sociaux, robotisation galopante, économie collaborative… « Oui, les changements sont de plus en plus rapides et déroutants, mais pour nous emmener où ? s’interrogeait-il. Car le changement ne peut évidemment pas être une fin en soi. Il ne saurait donc être question de faire l’apologie du zapping et de la frivolité. D’ailleurs, nous demande-t-on de changer d’amis ? Si nous sommes effectivement soumis au changement, c’est essentiellement pour grandir, pour durer, pour progresser. Le changement doit ainsi être mis au service de quelque chose de plus grand. »

D’un point de vue métaphysique, on sait depuis Héraclite, et son impossibilité de descendre deux fois dans le même fleuve, que tout change toujours. Une notion parfaitement contraire à l’acception anthropologique du concept voulant que l’homme, finalement, préférerait ne pas changer, peut-être pour ne pas vieillir. Reste alors la troisième voie, pratique celle-là, voulant que le changement implique l’action, l’adaptation à cette inéluctable mutation pour progresser et, par là même, éviter toute régression synonyme d’immobilisme. « Mais la physique nous enseigne que l’évolution en tant que telle tend spontanément vers le désordre maximal, rappelait André Comte-Sponville. Il suffit d’observer la France pour s’en rendre compte ! D’où l’importance de se baser sur la bonne formule. Là encore, l’enseignement des anciens est de très bon conseil. Pindare ne disait-il pas avec sagesse : “Deviens ce que tu es” ? En d’autres termes, ton être intérieur enferme un mieux vers lequel il faut tendre. »

Réhabilitation du politique

Transposé au cœur de nos civilisations, où le changement devient facilement de la versatilité, un tel précepte doit se comprendre comme un attachement à nos valeurs, celles que l’on a reçues et qu’il nous incombe de transmettre aux générations futures. « En ce sens, le changement devient un moyen au service de la durée, développait André Comte-Sponville. Pour grandir, pour progresser. Autrement dit, le changement est pour l’homme et non l’homme pour le changement. Mais alors, la prochaine question est bien celle de savoir où nous allons. Si la réponse est que nous allons vers l’avenir, on n’offre là aucune garantie ni à l’individu ni aux civilisations. Il est donc nettement plus important de savoir où nous voulons aller. Et dans ce contexte, je ne peux que citer un proverbe africain selon lequel la seule façon de savoir où l’on veut aller, c’est de savoir d’où l’on vient. » Pour illustrer son propos, André Comte-Sponville prend la maladie d’Alzheimer comme analogie : avec la perte de la mémoire, le rapport volontaire vers l’avenir s’évapore.

La conclusion du philosophe s’impose : « La fidélité à nos valeurs est le seul antidote que nous avons à disposition pour lutter contre la maladie d’Alzheimer de nos civilisations qu’est la barbarie. » Et il ne s’agit pas là d’une question de morale. « La morale est importante pour se « faire » soi-même. Pour les autres, la loi et la miséricorde suffisent, précisait-il. On ne peut donc certainement pas compter sur la morale pour lutter contre l’évasion fiscale. Elle n’y peut pas grand-chose vu son peu d’incidence sociale. Ce qu’il faut voir, c’est que la vie économique se fait désormais à l’échelle mondiale alors que le cadre politique reste national. Le problème n’est donc pas qu’il y a trop de mondialisation économique et financière mais plutôt qu’il n’y a pas assez de mondialisation politique. Nous avançons certes dans le bon sens, mais à ce stade il faut parler de réhabilitation politique, de réhabilitation du politique ! »

Interview en vidéo

Cliquez sur la vidéo pour visionner l’interview de l’intervenant dans le cadre du Forum.

Les Intervenants

Découvrez les experts et personnalités attendues au Forum.